JEAN-PHILIPPE BOISGONTIER TIRE SA RÉVÉRENCE

October 9, 2018

C’est à la date du 9 septembre 2018 que les programmes auront consigné pour la dernière fois le nom de Jean-Philippe Boisgontier, dans la colonne « Gentleman-Rider ». A la surprise générale, après une troisième place sur les 2.300 m d’Evreux, sous les couleurs d’Alaric de Murga et pour l’entraînement de Pascal Bary, il a fait savoir qu’il raccrochait, mettant un point final à son exceptionnelle carrière de Gentleman-Rider.

 

Plus de vingt ans sur les pistes ; un palmarès difficilement égalable - en qualité autant qu’en quantité, tant en plat qu’en obstacle, tant à l’échelon national qu’international - ; une reconnaissance unanime de la part des plus éminents professionnels et de tous ses camarades Gentlemen et Cavalières, tant en écho de ses talents de cavalier que de ses qualités humaines : Jean-Philippe Boisgontier a-t-il conscience de tous les superlatifs dont il a été crédité, à l’heure de sa décision de raccrocher ?

 

« En  tous cas, ayant tenu à adresser à un grand nombre de professionnels un petit mot de remerciements pour la confiance dont ils m’avaient privilégié tout au long de ma carrière, je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’en retour de ces SMS, autant d’entre eux se fendent de commentaires aussi flatteurs à mon égard… ».

 

Et parmi ces laudateurs, seront reconnus certains très grands noms, de ceux qui ont notamment participé à ce que Jean-Philippe Boisgontier ait pu endosser d’aussi prestigieuses casaques que celles du Cheikh Mohammed, d’Hamdan Al Maktoum, de la Marquise de Moratalla, de Daniel Wildenstein, de la famille Niarchos, des frères Wertheimer, des Rothschild, des Farès, et autres Marinopoulos ou  Darpat… On en passe, avant de pointer les grandes casaques qu’il a portées sur les obstacles, les Fougedoire, les Zingaro, les Sénéchal, les Mulryan…

 

C’est un fait, personne ne s’attendait à cette nouvelle, au soir du 9 septembre 2018.

 

« Je savais que ce serait ma dernière année. De toute façon, j’étais résolu à ne pas reprendre ma licence en 2019. A l’instant venu de ma prestation d’Evreux, je me suis dit : « Et pourquoi s’obliger à nécessairement continuer jusqu’aux dernières courses de l’année ? Comment objectivement m’imaginer que de telles prolongations pourraient encore m’apporter un éventuel ‘plus’ ? ». De fait, je n’ai prévenu personne. Mon épouse Mélissa savait tout du contexte, mais elle n’a pas réellement été surprise de cette décision, pourtant impromptue en cours de saison, sans prévenir. Je ne lui avais pas expressément dit que ce serait à un jour J dûment arrêté, en l’occurrence à la date de ce 9 septembre, mais elle s’y attendait. Elle m’a toujours accompagné, bien qu’elle fut implicitement plus ou moins inquiète à chaque fois que je montais ».  

 

On sait qu’au début de l’année 2017, Jean-Philippe Boisgontier a été victime d’un très grave accident, en plat à Cagnes, qui a fait craindre la paralysie. C’était mal connaître Jean-Philippe que de s’accorder sur le pronostic général, selon lequel la page serait définitivement (et aussi dramatiquement) tournée – sans compter que, dans le cas d’un complet rétablissement, beaucoup estimaient un tel come-back inutile, de la part d’un Gentleman qui avait tout gagné et plus rien à prouver. 

 

Tout gagné ? Disons presque tout. Cependant sans Cravache d’Or (sinon d’Argent, à répétition), pour avoir été le contemporain de Florent Guy, abonné permanent au Livre des Records. Et avec notamment un manque qui l’aura taraudé, le fameux Prix des Centaures à Longchamp.

 

« Dans les mois qui ont suivi mon accident, je ne savais pas si je remonterais ; mais au fond de moi-même, ce n’était pas dans mon tempérament de me résoudre à rester sur la fatalité de cet accident. Au bout de cinq mois de rééducation, je me suis aperçu que mon corps répondait bien, au point de parvenir à boucler une étape de montagne du Tour de France, avec quatre cols au menu. Deux mois de plus, et je me suis remis à cheval, à l’entraînement, pas forcément dans la perspective de remonter en course. Un ou deux « gazons » chez Mikel Delzangles, et ma décision a pris corps. Le fait qu’un professionnel comme Mikel Delzangles m’ait confié des 2 ans - de surcroît estimés - dans de tels galops, avec des jockeys, c’était pour moi le signe d’un vraisemblable retour à mon top. Je l’ai ressenti comme tel, et çà m’a définitivement déterminé à reprendre ma licence pour 2018. »

 

Dans le même temps, au quotidien, tout au long de cette longue et éprouvante année 2017 de convalescence, il y avait eu à gérer simultanément les enjeux capitaux de ses responsabilités de chef d’entreprise – mais aussi les pics d’adrénaline procurés par les pérégrinations de son épouse Mélissa, porte-drapeau des couleurs françaises sur le circuit international du Championnat du Monde Fégentri 2017 des Cavalières (soldées par le titre de Vice-Championne du Monde, quelques années après que sa belle-sœur Pauline Boisgontier ait conclu au troisième rang du même Championnat)…

 

L’année du come-back aura valu une douzaine de montes à Jean-Philippe Boisgontier, en l’espace de cinq mois, faisant pointer à la date du 30 mai son ultime victoire, à Fontainebleau.

 

« Le Prix des Centaures m’a malheureusement à nouveau échappé, un bon mois plus tard. J’y ai accumulé les accessits, d’année en année, sans jamais avoir pu espérer mieux ni m’y être raté. »

 

Qu’à cela ne tienne, tous les (autres) classiques historiques français pour GR figurent au palmarès de Jean-Philippe Boisgontier : Prix Aly Khan et  Prix des Lions à Chantilly, Prix Georges Courtois à Deauville, Prix Général de Saint-Didier à Saint-Cloud, Prix de France à Auteuil, etc... Et, en bonne place, l’Eperon d’Or de la Fégentri, Championnat du Monde des Amateurs.   

 

Les chiffres parlent : près de 22 années de figuration dans les programmes, un total de 220 victoires (plat et obstacle cumulés, dont une vingtaine à l’étranger). Qui dit mieux ? Pas grand’ monde, à une (délirante) exception contemporaine près, celle de son ami de toujours, Florent Guy, cap des 400 allègrement franchi ! « Il a un immense talent »

 

Des lendemains sans chevaux ? « Je continue et je continuerai à monter régulièrement à l’entraînement ; mais, pour la compétition sportive et son adrénaline, j’ai l’alternative du triathlon (NDLR : menu standard : natation sur 1.500 m, vélo sur 40 km, course à pied sur 10 km), que je pratique depuis quatre ans. Je me prépare notamment au Half Iron Man de Dubaï, début 2019, que mon ami le jockey Mickaël Barzalona a programmé au cours de son séjour annuel à Dubaï. Il m’a mis sur le coup et m’a convaincu. »

 

Dans l’immédiat, au programme du week-end qui vient (NDLR : le troisième de ce mois de septembre), sachez que Jean-Philippe fait un saut de l’autre côté du Channel, pour se mesurer au parcours d’une récente étape du Tour d’Angleterre cycliste, en compagnie de son ami, le bien connu Gentleman-Rider britannique David Dunsdon, son ex-rival sur les circuits du Championnat du Monde Fégentri des Gentlemen-Riders.

 

« En triathlon, je retrouve des circonstances de compétition où le fait d’avoir monté en course est un atout, notamment dans la gestion de l’effort en peloton. Il peut y avoir des phases de passage à vide qui vous tentent d’abandonner. Mais, pour avoir vécu de telles phases en course et les avoir surmontées jusqu’au plus total renversement de situation, notamment en obstacle, cette expérience me sert en triathlon, où il faut quand même prendre du plaisir à se faire un peu mal !».

 

Une place particulière pour l’obstacle : la multiplicité des succès en plat de Jean-Philippe Boisgontier ne doit pas faire oublier qu’il revendique une vingtaine de gagnants en obstacles, dont le « Grand Steeple des Amateurs », Prix de France à Auteuil. Mais on ne monte pas vingt ans en obstacle, avec un métier à côté, de sorte que Jean-Philippe Boisgontier ne s’y soit consacré à fond que quelques années.

 

« Est-ce que j’ai « volé » ce Prix de France, avec l’inattendu gros outsider Johnny’s ? Peut-être, dans la mesure où j’avais pris les devants, confiant dans ses dons de sauteur, là où on négligeait totalement sa chance et où on dénonçait son gabarit insuffisant… »   

 

« Mais initialement, à mes tout débuts, je ne me destinais pas à l’obstacle, a fortiori parce que tous mes efforts étaient concentrés sur mon style de monte en plat, étriers « en pointe », difficilement compatible avec l’obstacle. Les pionniers de cette monte étaient mes idoles, les Asmussen, les Jarnet, les Sanchez. Je ne sautais pas de chevaux le matin, alors que Jean-Claude Rouget me faisait monter des galops sur le plat. J’ai été cependant piqué au vif, lors de ma deuxième année de monte (NDLR : à 17 ans), quand mon père a engagé un cheval dans le « Guy Lefranc » sur le steeple de Pau et me l’a proposé. La perspective de le voir monté par un autre, en cas de défection de ma part, m’a agacé ; et c’est parti, sur une 4ème place...  En fin de compte,  jusqu’à ma décision de renoncer à l’obstacle - car je sentais moins la chose, avec les incidences de quelques chutes -, j’ai perçu à quel point l’obstacle procurait des satisfactions sportives uniques, même si vous finissiez dernier. Boucler un parcours de cross, vous vous en souvenez. Je dois souligner combien je dois au grand entraîneur Bernard Sécly, pour sa part dans le niveau que j’ai pu acquérir en obstacle. Il m’a même mis en selle face aux professionnels et m’a d’ailleurs suggéré de passer jockey, pour sa fameuse écurie de chevaux d’obstacle. J’avais 22 ans, le gabarit et déjà une certaine notoriété, mais j’ai fait prévaloir la raison, spéculant sur l’acquis de mes études et mon diplôme d’ingénieur (Purpan à Toulouse) ».

 

Parallèlement, un parcours professionnel exigeant : Jean-Philippe Boisgontier a d’abord assumé une place de commercial dans une entreprise spécialisée dans surfaces de terrains de sport. Puis, en partenariat avec une compagnie anglaise, il a animé une société dans le même domaine, plus spécialement dans les équipements d’hippodromes. Aujourd’hui, il dirige la nouvelle entité qu’il a montée il y a quatre temps, avec des partenaires français désormais, sur le même créneau (TecRail), lices, fabrication d’obstacles, etc., tout sur mesure.

 

« Ma carrière de Gentleman a constitué un atout, grâce à ma particulière connaissance des besoins spécifiques des hippodromes et à mon expérience de cavalier. A chacune de mes montes, il m’a été donné de tester les équipements, de les comparer d’un hippodrome à l’autre, et de définir ces éventuels besoins ».

 

C’est évidemment un précieux « plus »… « Il faut avoir monté, pour pouvoir affirmer qu’un obstacle est « dérobard » ou pas, et pour apporter la bonne solution, par exemple sur la taille la plus appropriée ou l’orientation d’une « oreille ». Assurément, cela distingue effectivement Jean-Philippe Boisgontier d’un simple « marchand de barrières », comme il dit, avec ce brin de facétie amusée qui le caractérise...

 

Fils de grand jockey d’obstacle, Jean-Philippe Boisgontier est mieux placé que quiconque pour mesurer les deux facettes de la médaille, sous l’exigeant statut « jockey » - a fortiori « jockey d’obstacles ».

 

« Mon père, dont j’avais vécu les grands succès avec admiration jusqu’à ce qu’il s’installe entraîneur, à Pau, n’a jamais cherché à influer sur mes choix, tant à mes débuts que lors d’opportunités comme celle de la proposition « Sécly ». J’avais bien suivi une formation d’équitation classique, jusqu’à 12-13 ans, comme ma mère était monitrice au Centre Equestre du Béarn, à proximité du centre d’entraînement de Sers. Mais je n’avais pas poursuivi en club hippique, dirigeant alors mes préférences vers le tennis. »   

 

Fini, les chevaux ? Et pourtant… « Il a seulement fallu que je monte incidemment des pensionnaires du top-entraîneur de cross Roger Chaignon, à la détente lors de « premiers lots » à Sers pendant le meeting d’hiver de Pau, pour que, tout à coup, je remorde à l’hameçon.

 

Flash back, suite : Jean-Philippe Boisgontier rattrapera le temps perdu, plus vite que la musique… « Une fois obtenu le feu vert lors de mon stage d’obtention de première licence (NDLR : Promotion Colonel Robert Labouche, en octobre 1995, incluant notamment à ses côtés François Pradeau, les frères Quatrebarbes, Claude Boillot, Francis Alloncle, Christina de Asis-Trem et… Alexis Teisseire, l’actuel Secrétaire Général du Club), je piaffais d’impatience. Trois ou quatre mois après mes 16 ans, j’ai débuté à Mont-de-Marsan pour François Rohaut sous les couleurs de son père, pour une 4ème place derrière un « Rouget » monté par Tanguy de Watrigant. On m’avait confié le rentrant Chimay, qui, peu après, m’a valu ma toute première victoire, dans le Prix de l’Union Club à Bordeaux. Une première d’autant plus mémorable, que j’avais été dépossédé de ce succès sur le champ, sur décision des commissaires locaux pour un certain « tangage » à mi-ligne droite, et avant que cette rétrogradation ne soit annulée en commission d’appel… ».

 

Des « tourniquets » du Sud-Ouest aux 2.400 m d’Epsom : «Il se trouve que Florent Guy a fait son apparition sur les hippodromes seulement quelques mois après moi, ainsi qu’un Christophe Lemaire tout débutant, crack jockey international en devenir ».

 

Cela situe le contexte. « On n’a cessé de se suivre. On analysait en boucle nos parcours, sur magnétoscope, à débusquer le bon et le mauvais sur notre position, sur nos placements, etc. Pour nous amateurs débutants, le chemin passait par les petits hippodromes locaux du Sud-Ouest : une rude école, mais qui n’est pas sans écueil, car elle sollicite effectivement des réflexes tactiques à ne surtout pas reproduire sur les grands champs de courses ».  

 

« Avec le recul, je crois avoir été confronté dès mes débuts à un contexte de concurrence d’une exceptionnelle qualité, comme peu de générations de GR en ont compté. Ca vous exposait à tomber sur des Florent Guy ou des Christophe Lemaire, et puis aussi sur des Frank Foresi, des Fred Spanu, des Patrick Pailhes, des Eric Selter, des Thierry Doumen, des Ludovick Maynard, des Luis Urbano, des Christophe Guimard, sur mon futur beau-frère David Bellocq, etc., avant les Edouard Monfort et autres Pierre Fertillet, et avant le renouvellement apporté par mes grands cadets qui font le haut de l’affiche aujourd’hui ». 

 

C’est çà, l’expérience : des choix circonstanciés un jour, et à proscrire le lendemain. « Telle expérience, tel éclectisme, c’est particulièrement précieux sur les circuits de la Fégentri, où la variété des tracés et de qualité de chevaux est extrême. Cela m’a exposé par exemple, dans une même saison, à gagner le « Georges Courtois » à Deauville, à me placer dans le « Moët&Chandon » à Epsom et à conclure sur un coup de deux à Madagascar, autour d’un terrain de foot… ». Mieux vaut ne pas monter à Madagascar de la même façon qu’à Epsom. Et réciproquement !

 

C’est vrai qu’un grand jockey professionnel n’envisagerait pas une compétition au sommet l’exposant à des décors aussi contrastés… « Cette extrême diversité, c’est le propre de nos Championnats du Monde des Amateurs (Fégentri), au grand avantage de leurs participants. Cela m’a aussi valu un accomplissement inespéré, pour un amateur : un coup de trois aux USA, au gré d’un séjour où m’avaient été offertes quatre montes ».  

 

Souvenirs tout aussi contrastés ; dans la défaite aussi, du cocasse… « Un exemple ? C’était en Allemagne, où les lots d’obstacle sont souvent très incertains, précisément à Bad Harzburg. Une victoire qui ne pouvait plus m’échapper, en quelque sorte « volée », à la faveur de l’élimination des trois quarts des concurrents, restés en rade dans le gué. N’empêche, je me suis fait rattraper in extremis, contre toute attente, par un « tombé-remonté ». On voit çà dans les mauvais films…

 

Mais à qui n’est-il pas arrivé de perdre une course imperdable ? « Il faut reconnaître ses erreurs. J’en retiens une parmi d’autres, flagrante, dans un Prix des Lions, où j’avais pris la mauvaise option de déboîter vers les grands extérieurs, par impatience, alors que l’ouverture pour gicler en-dedans m’attendait, dans le dixième de seconde qui a suivi… ». Comme disent les jockeys les plus titrés, le meilleur d’entre eux n’est pas celui qui a gagné le plus de courses, mais celui qui en a perdu le moins !

 

Jean-Philippe Boisgontier véhicule la plus flatteuse image du Gentleman-Rider. Tout le monde se l’accorde, dans ce milieu de passion confrontant tant d’intérêts et où la chance fait et défait les vedettes. Il porte également haut l’image du Club, dont il est membre du Comité et où il inspire le plus grand respect, pour son scrupuleux… respect des fondamentaux sportifs et moraux dudit Club : sportivité, élégance, désintéressement, en toutes circonstances.

 

Cependant nul n’est plus conscient que lui, du fait que dans ce sport, le dilettantisme est proscrit, pour qui s’engage à le pratiquer avec succès comme amateur. Derrière ces vingt années au top, il y a une extrême rigueur, vouée à un indispensable niveau optimum de forme physique, au prix de constants sacrifices et de séances d’entraînement jamais assez nombreuses, à mener de pair avec les priorités professionnelles et familiales.     

 

Jean-Philippe Boisgontier retient le meilleur : « C’est que ma carrière m’a parallèlement valu la chance de me créer un cercle de fidèles amis particulièrement soudé, pour avoir foulé les mêmes pistes, affronté les mêmes défis. Le tout, grâce à ce sport et à tous ceux qui oeuvrent à sa pérennité - et le Club en tout premier lieu, que je ne remercierai jamais assez ».

 

 

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