Adieu, M. Serge Landon

Plus Gentleman que M. Serge Landon ?


Assurément, en son éducation, en sa civilité, en sa distinction, en son humanisme, en son entregent, en sa sportivité, en son parcours professionnel, en ses engagements bénévoles et désintéressés, en son sens de la nuance, - synonyme d’intelligence-, toute la vie de Serge Landon a désigné ces qualités que recouvre idéalement le terme de « Gentleman », et qui font regretter la désuétude du terme « gentilhomme ».


Sa disparition, le 20 juillet dernier à l’âge de 93 ans, a rappelé que cet ensemble de qualités reflète les fameux « fondamentaux » qui sont constitutifs du terme « Gentleman-Rider », tel que le conçoit le manifeste fondateur (et centenaire) du Club, gravé dans le marbre en 1922.


Jeune Officier des Haras Nationaux alors en poste à Compiègne, Serge Landon avait adhéré au Club en 1950, aspirant à y pérenniser une empreinte familiale « cheval » héritée de son père René, Gentleman-Rider avant lui – avant même que la casaque de ce dernier ne connaisse la consécration suprême d’Auteuil, avec le triomphe de Pharamond III dans le Grand Steeple-Chase de Paris en 1953.


Pour sa part, c’est sous ses propres couleurs violettes et jaunes que Serge Landon a vécu le sacre d’Auteuil, en menant son Laritou à la victoire du Prix Maréchal Foch, en 1960, point culminant d’une carrière de Gentleman-Rider essentiellement nourrie d’obstacle – et d’obstacles de cross, de préférence, avec ses propres chevaux, entraînés « maison ».


S’étant vite résolu à opter pour le privé (au début des années Soixante) et ayant donc remisé l’uniforme d’Officier des Haras Nationaux pour se projeter vers d’autres voies, il a vite confirmé l’opportunité de ce choix, au sein du groupe Nestlé, jusqu’à y assumer la charge de Directeur des Relations Humaines.


Le tout, sans jamais s’éloigner de ses devoirs pour « la bonne cause », au sein du Club bien sûr, Membre du Comité et du Bureau sous plusieurs présidences – et, plus généralement, comme éminent serviteur de l’Institution des courses françaises, au plus haut niveau de ses instances dirigeantes.


Ces diverses responsabilités l’auront notamment mis en avant à l’époque historique de la fusion des « Sociétés-Mères » respectives du plat et de l’obstacle (Société d’Encouragement et Société des Steeples), en une entité unique qu’il a présidée en 1993, puis en la phase suivante (incorporation des « Sociétés-filles : Sportive d’Encouragement et Sport de France), dont l’addition a engendré l’entité actuelle France Galop.

Epoque cruciale, où, plus que jamais, il convenait de « faire autorité », avant de « faire acted’autorité », pour qui était « aux manettes »… Pas donné à tout le monde…

Les qualités de négociateur avisé et de rassembleur de Serge Landon ont été particulièrement précieuses en ces grandes manœuvres, où il fallait à la fois combiner les aspirations centralisatrices des tutelles administratives de l’Etat et la gouvernance traditionnelle et protéiforme de l’Institution, de ses divers corps constitués, de sa base, désormais fédérés dans une mouture nouvelle des statuts de France Galop.


La grande mutation s’était opérée avec la confiance acquise de Jean-Luc Lagardère, installé Président de France Galop, et prompt à se faire épauler par Serge Landon, au titre de vice-Président, à la fois d’intérêt général et d’intérêt particulier, concernant l’obstacle – d’où, par exemple la défense de Maisons-Laffitte et le développement du meeting de Pau, à l’actif de Serge Landon.


Mais aussi, suite à la disparition subite de Jean-Luc Lagardère en mars 2003, c’est à Serge Landon qu’incombera par intérim la charge de ladite présidence, et jusqu’aux élections suivantes.


Être le plus près du terrain demeurait néanmoins essentiel pour Serge Landon, qui prisait par-dessus tout et si volontiers l’ambiance du microcosme des plus champêtres hippodromes normands ou mayennais, à l’opposé du contexte de ses responsabilités macro-économiques et « parisiennes » au sein de France Galop. En l’occurrence, il se sera sans doute grandement satisfait de ce juste milieu qu’auront comblé ses longues années à la présidence de la Société des Courses du Pin.


C’est là que rejaillissait le Gentleman, par nature « homme de cheval », subtile émanation de ses expériences variées (et parfois incongrues) d’Officier des Haras, de Gentleman-Rider, de propriétaire, de « permis d’entraîner ».


Sa silhouette filiforme, son humour fin, son regard amusé des choses et des gens, ses anecdotes aussi teintées de dérision que d’autodérision, ravissaient ses interlocuteurs. Le style, c’est l’homme… Il faudrait inventer pour lui l’expression « gentilhomme de cheval »…


C’est tout un legs, désormais assumé par ses enfants, notamment ses fils Frédéric et Nicolas, à leurs tours profondément impliqués dans l’Institution, tous deux avec le sceau « Club ».


Adieu, Monsieur Landon, avec la plus respectueuse reconnaissance du Club.



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