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Adieu, Bernard Gourdain

  • il y a 22 heures
  • 4 min de lecture

Qui eut cru, le voyant encore en fin d’année dernière assister aux courses de Compiègne, l’air juvénile, l’œil amusé et observateur, toujours aussi parfaitement élégant et disert – sauf l’apparition d’une canne -, dans le décor immémorial où était éclose dès son plus jeune âge sa passion pour le « Sport des Rois », que l’inaltérable Bernard Gourdain menait son dernier combat face à une inéluctable issue ? Lui, si sportif, si actif, si vif, si imperméable au poids des ans…



Jeune octogénaire, Bernard Gourdain a été rappelé à Dieu le 21 février, entouré des siens, en sa chère ville de Compiègne, qui se prévaut de cet hippodrome auquel il a beaucoup donné de lui-même.

Cette implication de tous les jours au sein du Conseil d’Administration de la Société des Courses de Compiègne se sera notamment traduite en la très déterminante contribution de Bernard Gourdain dans la conception et la réalisation des grands travaux qui ont dû être mis en œuvre pour la totale révision des pistes et des parcours de plat et d’obstacle, suite à l’absorption des programmes d’Enghien.

Le tout, en tandem avec son ami compiégnois Antoine Gilibert, Président de la Société, en toute première ligne pour assumer une entreprise – sinon même un défi – aujourd’hui unanimement reconnue comme un grand succès.


Bernard Gourdain s’est donc fait connaitre comme Gentleman-Rider, puis comme vétérinaire, puis comme Commissaire sur les hippodromes parisiens comme au sein des plus hautes instances juridictionnelles de France Galop.

Et ce, avec une mention à part pour Compiègne, où se sont effectivement épanouies toutes ces facettes successives de sa notoriété « hippique », côté pistes sous la casaque, côté écuries et chevaux, côté tribunes, côté « Chêne de Saint Louis » dans la salle des Commissaires… A cheval, à pied, au galop…


Unanimement connu, reconnu, et respecté, sinon même redouté (Gentlemen et jockeys d’hier et d’aujourd’hui en attesteront…), pour son inflexible intégrité en ses fonctions de Commissaire et de gardien du Code des Courses, Bernard Gourdain a fait son apparition sur le Turf comme Gentleman-Rider, au début des Années Soixante.

En l’occurrence, c’était une illustration supplémentaire, pour désigner l’exceptionnelle contribution dont s’est prévalu le bientôt fameux « Club des Coyotes » comme source de futurs Gentlemen-Riders. Il en était.

Sous cette appellation, s’était montée une association locale d’intrépides adolescents locaux épris d’« équitation d’extérieur » et de défis équestres extrêmes en Forêt de Compiègne, sous la présidence de Xavier de Chevigny, avec un code de conduite interne et une discipline drastique imposés à la quinzaine de membres, cravatés à cheval comme à pied, sous la haute surveillance d’instructeurs issus de Saumur.


Ces « Coyotes » avaient été privilégiés de la bénédiction des autorités militaires locales du CISVA (Centre Interarmées des Services Vétérinaires, sis à Compiègne), qui avaient donc eu recours à ces adolescents « civils » triés sur le volet, pour sortir ces chevaux estampillés « Armée Française », toujours plus nombreux à confluer à Compiègne, en provenance des divers quartiers de Cavalerie qui étaient progressivement exposés à dissolution, dès la fin des Années Cinquante. Aubaine incroyable, inimaginable de nos jours.

De l’équitation d’extérieur à l’équitation de course, le pas allait vite être franchi par les uns et les autres, comme en attestera brillamment à son tour Bernard Gourdain, vite parvenu parmi les plus prometteurs G.-R. de sa génération, inscrit notamment au palmarès du prestigieux Prix Georges Courtois à Deauville ; c’était en 1963, année où il a intégré le Club des Gentlemen-Riders avec les lettres de recommandation de François de Chevigny et de son père, Pierre Gourdain, qui avait été cavalier de concours hippique au plus haut niveau national.


Une grave chute en obstacle a malheureusement mis un terme à cette ascension, tout jeune marié, avec une longue convalescence à mener de pair avec ses études vétérinaires à Lyon. Le cheval l’attendait, dans une carrière de vétérinaire équin, à Château-Gontier d’abord puis à Chantilly, avant de revenir à ses sources, à Compiègne, où il a vite rejoint la Société des Courses, sous la présidence d’Armand de Coulange. Cette reconnaissance sous la double distinction d’« homme de cheval » et d’« homme de courses » (deux qualités spécifiques dont l’addition se raréfie malheureusement…) se sera amplifiée à la mesure de la spectaculaire démultiplication du patronyme « Gourdain » dans les programmes de courses - notamment illustrée aujourd’hui dans la colonne « Gentlemen-riders et Cavalières » sous les prénoms de ses quatre petits-enfants Solange, Hubert, Antoine et Jeanne… Belle dynastie !


Pour la transition et la transmission familiale, se sera imposé son fils Charles, dans la colonne « Entraîneurs », éminent professionnel dont la notoriété a dépassé nos frontières, à partir de Pau - là où, tout dernièrement, la victoire de la jeune Jeanne comme Cavalière sur l’hippodrome du Pont-Long a offert à Bernard l’une de ses dernières très grandes joies et fiertés.

Rigueur, principes, il se les imposait autant à lui-même qu’aux autres : rien n’échappait à son sens aigu de l’observation, à son sens critique, dans un rond de présentation, dans ses jumelles, en société, etc.

« Avoir de l’autorité » et en user, ça ne se conçoit que si, d’abord et impérativement, « on fait autorité » – tel était le cas de Bernard Gourdain, qui maitrisait tout, d’expérience vécue dans les courses.


Mais ce sens allait nourrir une autre passion : la peinture, conduite par un œil si sûr, pour produire des toiles inspirées par tout ce qui touche aux chevaux et aux courses. Son atelier était son lieu d’évasion, pour laisser libre cours à son imagination et à son goût de l’esthétique : ses créations ont contribué à procurer une grande notoriété à sa signature.

Souplesse du trait, de la plume, du pinceau, maîtrise de la couleur, originalité des motifs : Bernard Gourdain en ses œuvres…

Le cheval et les courses lui ont beaucoup donné, beaucoup pris ; mais aussi il leur a beaucoup rendu et donné – de quoi développer ce grand respect inspiré par Bernard Gourdain, en toutes ses implications « pur sang », comme dans son destin d’homme « droit dans ses bottes », selon l’expression consacrée.


Face à la douleur des siens, son épouse Henriette, ses enfants, ses petits-enfants, tous ses proches, le Club s’incline, en son nom et au nom de tous ses membres, tant reste assurée la présence de Bernard Gourdain dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu, aimé, respecté.


Gérard de Chevigny

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La cérémonie religieuse d’adieu à Bernard Gourdain aura lieu en l’Eglise Saint-Antoine, à Compiègne, le vendredi 27 février, à 14 heures.



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